NSIA SLAM POUR LA VIE : BASSINGA ANACLET EN ROUTE VERS LA FINALE

Il est de ceux qui parlent peu, mais dont les silences sont habités. Dramaturge et poète, il ne cherche pas à occuper l’espace, il le traverse avec justesse, laissant ses mots dire ce que sa voix retient.Marquée par la séparation de ses parents à l’âge de dix ans, son enfance n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle a laissé en lui des traces profondes :

« A cause de la séparation de mes parentes, une j’ai été émotionnellement instable. J’ai connu une forme d’anxiété sociale, et surtout une sensibilité accrue au monde qui m’entoure. », confie Anaclet.

Anaclet Bassinga

Très tôt, il apprend à observer, à ressentir, à intérioriser.

Un autre événement viendra graver son parcours : un accident qui a failli lui coûter son œil gauche. Une expérience brutale, presque irréelle, qui le confronte à la fragilité de l’existence. Chez lui, les épreuves ne font pas de bruit, mais elles façonnent en profondeur.

C’est presque par hasard qu’il découvre le slam, lors d’un inter-lycée auquel il ne participe même pas. À l’époque, cela ne suscite pas encore d’intérêt. Mais la poésie, elle, trouve un chemin. Lentement. Intimement. Jusqu’à devenir essentielle.Car pour Anaclet, écrire n’est pas un simple exercice artistique.

« J’ai compris son importance lorsqu’il m’a permis de dialoguer avec moi-même. Etant quelqu’un de très peu bavard, elle m’aide à sonder mon âme, à comprendre mon état intérieur. Et cela est important. ».

Pour Anaclet, les mots ne cherchent pas à séduire, ils cherchent à révéler. Son parcours n’a pas été linéaire. L’une de ses plus grandes luttes a été de comprendre ce qu’il allait faire de sa vie, en partant de ce qu’il est profondément. Une quête identitaire longue, parfois déroutante, mais nécessaire. Car avant de s’adresser au monde, il fallait d’abord se rencontrer lui-même.

Marqué par les bouleversements de la COVID-19, il développe un regard lucide sur les fragilités humaines et sociales. Mais plus encore, il est profondément révolté par certaines réalités familiales, notamment les conflits liés à l’héritage. Témoin d’injustices vécues par un proche, il fait de la prévoyance un thème central de sa réflexion. Pour lui, l’irresponsabilité, même involontaire, peut briser des vies.

À travers ses mots, il ne prétend pas changer le monde, du moins pas immédiatement. Sa première ambition est plus intime, presque philosophique : se transformer lui-même. Car, dit-il, « des “moi”, il y en a beaucoup ». Et c’est dans cette multiplicité qu’il puise sa matière, son authenticité.

Comme tout artiste, il a connu le doute. L’envie d’abandonner, parfois. Mais lorsque l’on porte plus que soi, des attentes, des responsabilités, des regards, partir devient presque impossible. Et c’est justement là, dans cette tension, que commence la croissance.

Sa participation à NSIA Slam pour la Vie a été une expérience intense, qu’il compare à une véritable télé-réalité, faite de stress, de surprises et de révélations. Lorsqu’il est annoncé gagnant, ce n’est pas la victoire personnelle qui domine, mais un profond soulagement : celui de voir les efforts de son entourage récompensés. Dans un élan de gratitude, il enregistre un message de remerciement… qui se transforme en chanson. Comme si, même dans la reconnaissance, les mots continuaient de chercher une autre forme.

Cette aventure change son regard : il prend conscience de la richesse humaine qui l’entoure, de la valeur des âmes qui l’accompagnent dans l’ombre.

Si ses mots avaient le pouvoir de transformer la société, il choisirait d’enlever une chose : la peur du regard des autres. Car pour lui, c’est cette peur qui empêche tant d’individus d’exister pleinement, de reconnaître la valeur qu’ils apportent au monde.

Ses textes s’adressent à celles et ceux qui osent, ou qui hésitent encore à oser, être eux-mêmes. Et aux jeunes de sa génération, il laisse un mot, simple, mais puissant : Soyez indélébiles.

Mildred Moukenga