Valencia B. Efanga, née Oniangué, est une cake designer congolaise dont le parcours est marqué par la passion et l’audace créative. Diplômée de l’ENS Marien Ngouabi, mariée et mère de deux garçons, elle quitte rapidement le monde de l’entreprise, incapable de s’épanouir dans la routine.
En 2016, un simple bar à bonbons bouleverse sa vie : émerveillée par des cupcakes qu’elle ne voyait jusque-là qu’en ligne, elle décide d’essayer. Autodidacte, formée exclusivement via YouTube, elle découvre un univers où elle peut enfin exprimer son imagination débordante. Le cake design devient pour elle un art, une liberté totale, un moyen de transformer des idées en véritables œuvres.
Son travail mêle culture congolaise, touches féeriques et inspirations du quotidien. Pour elle, chaque gâteau raconte une histoire et transmet du bonheur.



INTERVIEW
Qui est Valencia derrière l’entrepreneure ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je suis cake designer avec un parcours atypique, diplômée de l’École Normale Supérieure (ENS) Marien Ngouabi.
Mariée, maman de deux garçons. Après quelques années à travailler pour des entreprises, je n’y ai pas trouvé ma place, à cause de la routine. Je suis une personne qui aime faire de nouvelles expériences chaque jour, qui font travailler ma créativité.

Quel est votre premier souvenir lié à la pâtisserie ou à la créativité ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : en 2016 lors d’un anniversaire j’ai vu un bar à bonbons des choses que je ne voyais que sur internet, et il y’avait des Cupcakes, j’étais émerveillée je me suis dit ça je peux le faire. Alors, j’ai fait des recherches sur les meilleures recettes, fait des tests et j’ai réussi à faire mes tous premiers cupcakes, ils n’étaient pas parfaits mais j’éprouvais une très grande satisfaction et une fierté, voici enfin une chose qui me faisait me sentir bien. Alors j’ai commencé à me documenter, YouTube a été mon meilleur professeur et mon meilleur allié. Je suis Cake Designer aujourd’hui grâce à YouTube et je n’ai jamais suivi de formation, je suis totalement autodidacte.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir cake designer, et non simplement pâtissière ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je suis une personne très fantasque, le Cake design me permet de m’exprimer, de matérialiser mes idées, contrairement à la pâtisserie classique où tu dois suivre certains protocoles déjà définis. J’aime la liberté que m’offre le Cake design, je suis une artiste dans l’âme et le cake design me permet d’exprimer mon art, parce que pour moi chaque création est un chef-d’œuvre.
Y a-t-il une personne, une histoire ou un moment décisif qui a déclenché cette vocation ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Depuis toute petite, j’ai toujours adoré les sucreries, et ce jour-là devant ce bar à bonbons j’avais trouvé ma voix, mon univers.
Quand avez – vous réalisé que cette passion pouvait devenir un métier ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : La période de confinement, mon premier fils venait d’avoir un an. Et à cause des soucis de santé qu’il avait j’ai décidé d’abandonner mon travail pour me consacrer à ma vie de famille. Je suis tombée dans une certaine phase de dépression, je commençais à m’ennuyer de vivre les mêmes journées. C’est là que je contacte une décoratrice sur sa page Facebook en lui proposant mes cupcakes pour ces bars à bonbons. Elle m’a tout de suite dit oui, et c’est grâce à elle que j’ai fait ma toute première vente. C’était le début de cette très belle aventure et je lui serais toujours reconnaissante de m’avoir permis de vivre ce rêve et elle a toujours été mon plus grand soutien jusqu’à ce jour.
Comment naît une idée de gâteau dans votre esprit ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Mon inspiration, je la trouve dans ce que j’ai autour de moi. Des choses qui peuvent être banales à première vue, quand je les associe ça peut donner un résultat extraordinaire. J’ai souvent tendance à décliner l’utilité première d’un objet, pour m’aider dans mon processus de création.
Comment décrivez-vous votre style artistique ? Minimaliste, extravagant, romantique, moderne… ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je suis dans un univers qu’on va définir comme féerique, à chaque création c’est mon enfant intérieur qui s’exprime. Ce sont des choses que j’aurais aimé avoir quand j’étais petite. Et faire ça pour les autres, c’est ma façon à moi de vivre ce rêve. C’est ma thérapie. Faire du cake design pour moi aujourd’hui, c’est une façon pour moi de transmettre du bonheur aux autres. Et voir l’émerveillement de mes clientes quand elles découvrent leurs gâteaux, c’est tellement gratifiant. Et même si le métier n’est pas du tout facile, ça me réconforte et je ne regrette pas d’avoir choisi ce chemin.
Quel gâteau vous a le plus challengée à ce jour, et pourquoi ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Le plus grand gâteau de mariage que j’ai réalisé : 8 étages entièrement recouverts de pâte à sucre. Il a fallu faire venir de la pâte à sucre d’une qualité premium, de la déco, etc… de la France. On a travaillé 5 jours d’affilée sur cette pièce montée. La logistique n’a pas été facile, il a fallu la ramener en pièce détachée pour l’assembler sur le lieu de l’événement.
Comment gérez-vous la relation avec un client quand il a une idée très précise, voire irréaliste ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je dis toujours que tout est réalisable avec le budget qui convient, mais beaucoup ne sont pas encore prêts pour ce débat dans ce pays. Parce que les clients ont beaucoup d’exigences et n’ont pas les budgets à la hauteur de leurs exigences.
Quel est l’aspect de votre activité que les gens ne voient jamais, mais qui demande le plus d’énergie ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Le matériel, j’investis beaucoup dans l’achat de matériel et souvent je dois les faire venir de France ou de Chine parce qu’ici je n’arrive pas toujours à trouver ce qu’il me faut.
Comment gérez-vous la pression des délais, surtout lors des grands événements (mariages, baptêmes, anniversaires) ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : J’exige toujours une confirmation de commande une semaine ou trois jours avant en fonction de la charge de travail qu’il y’a. Et pour les mariages au plus tard un mois pour une meilleure prise en charge. Nous sommes désormais une équipe de 3 personnes, nous travaillons selon un calendrier bien précis pour éviter tout retard.
Quel a été le plus grand défi depuis le lancement de votre activité ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Le plus grand défi depuis le début jusqu’à aujourd’hui reste l’instabilité de l’électricité. Nous pouvons bien établir un calendrier de travail, mais les coupures d’électricité peuvent bouleverser toute notre organisation, et nous causer du retard. Ça a de l’impact sur la qualité de nos relations, un gâteau qui n’a pas pris assez de froid risque de subir des coups lors de la livraison. Un grand impact financier également, parce que nous perdons des provisions, certaines fois nous nous trouvons dans l’obligation d’annuler des commandes, nous avons également manqué des opportunités d’affaires. Ce qui joue vraiment sur notre crédibilité. Un groupe électrogène ayant la capacité de couvrir tous nos besoins en termes d’électricité est un trop gros investissement pour nous pour le moment. Nous encourager à entreprendre, c’est bien, mais il faut travailler à créer un environnement qui favorise l’entreprenariat au Congo, à savoir un courant fiable. Parce que même avec un groupe électrogène il ya aussi un autre problème, les pénuries de carburant. Et c’est décourageant.
Qu’est-ce que vous avez appris sur vous-même en devenant entrepreneure ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : La détermination, l’endurance. Plusieurs fois j’ai voulu abandonner à cause des difficultés, les prix des matières premières qui ne font que flamber chaque jour, la rareté des produits sur le marché, l’instabilité de l’électricité, et les caprices des clients. J’ai appris à m’ouvrir aux autres. C’est un métier qui fait beaucoup appel à la maîtrise des produits sur soi.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que la pâtisserie “n’est pas un vrai métier” ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Un métier répond à un besoin précis dans une société. La pâtisserie est parmi les plus anciens métiers au monde. C’est un métier très physique mais surtout très cérébral.
Quel est le rêve le plus ambitieux que vous portez pour votre métier ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Créer La plus grande école de Cake Design au Congo
Souhaitez-vous transmettre votre savoir, former des jeunes, bâtir une école ou une marque ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Aujourd’hui je souhaite partager mon expérience avec d’autres personnes passionnées comme moi, transmettre ce savoir acquis durant toutes ces sept années, au travers des formations que je mettrai en place à partir de Janvier 2026.
La pâte à sucre. Elle est surprenante. Dans son état initial elle semble banale, mais on ne soupçonne pas l’infinité des formes qu’elle peut prendre, des choses de notre imagination que l’on peut matérialiser grâce à elle si elle est mise dans les mains qui sauront révéler son plein potentiel.
Quelle musique écoutez-vous en créant ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je travaille très rarement en musique, mais quand ça m’arrive j’écoute du Morija, des chants grégoriens, ou des symphonies
Si vous deviez créer un gâteau qui raconte votre histoire, à quoi ressemblerait-il ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Si je devais créer un gâteau qui raconte mon histoire, il ressemblerait à la représentation d’une gazelle qui a reçu des flèches mais qui essaye de se relever. Parce que ce monde est une jungle et que les blessures de la vie doivent être une source de motivation. Personnellement je ne reste jamais sur échec, j’apprends et j’avance.
Quels conseils donneriez-vous à une jeune fille qui hésite à se lancer dans un métier créatif ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je dirai à une femme, tu es brillante. J’aime cette parole qui dit, le monde attend avec un ardent désir la révélation des fils et filles de Dieu. Exprime-toi, le monde doit savoir ce que tu portes. On essayera de te déstabiliser, quand tu sentiras que tu es à bout et que tu veux abandonner c’est là que tu comprendras que tu es sur la bonne voie, tu te relèves et tu continues de briller.
Quelle est la plus belle réaction d’un client qui vous a profondément touchée ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : La plus belle réaction client que j’ai eu. Un père depuis la France qui commande un gâteau pour faire une surprise à sa petite fille, on l’a accompagné dans le choix du design et des saveurs et avons assuré la livraison. Ce jour-là on avait contribué au bonheur d’un père et de son enfant, il était tellement heureux.
Comment gérez-vous les critiques ou les comparaisons, notamment sur les réseaux sociaux ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Je sais prendre en considération toute critique constructive et c’est grâce à cela que j’ai évolué depuis ces années. Mes tarifs ont souvent fait l’objet de critiques et de comparaisons par rapport aux grandes enseignes de la place, je ne m’attarde pas dessus. Parce qu’en tant que petite entreprise pour le moment je n’ai pas les mêmes réalités que les grands. De plus, j’essaye de proposer quelque chose de différent, parce que ce que l’on voit sur Instagram, Pinterest, dites-vous que vous pouvez l’avoir chez Miss B. avoir un beau gâteau n’est plus irréaliste si seulement vous y mettez le budget qu’il faut.
Quelle est selon vous la qualité essentielle d’une femme qui veut entreprendre au Congo aujourd’hui ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Il faut être téméraire. Mes proches disent que je suis têtue, ce qui semble être dépeint comme un défaut, fait plutôt ma force aujourd’hui. Si je n’étais pas têtue je me serais laissée décourager et je ne vivrais pas ces belles aventures.
Quelle innovation aimeriez-vous introduire dans le cake design au Congo ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : Faire des gâteaux grandeur nature très réalistes.
Y a-t-il une collaboration ou une personnalité (locale ou internationale) avec laquelle vous rêvez ?
Valencia EFANGA ONIANGUÉ : la personne avec que j’aimerais rencontrer un jour c’est Nano Cake.



