PHOTOGRAPHIE : L’ŒIL, LA VISION ET L’IMPACT AVEC STYVE STRATUS

Styve Stratus, de son vrai nom Styve de la Grange Ongoulobie, est un entrepreneur créatif et artiste visuel congolais reconnu pour son expertise en photographie de mode, direction artistique et color grading. Avec plus de dix ans d’expérience, il s’impose comme l’une des figures majeures de la scène audiovisuelle au Congo.

À travers Styve Stratus Agency, il produit des contenus visuels haut de gamme pour entreprises, institutions et personnalités. Son second projet, Kimapenzi Univers, est devenu une référence dans les mariages de luxe et les célébrations haut de gamme.

Employant une équipe d’environ sept personnes et un réseau de prestataires, il participe activement au dynamisme du secteur créatif local. Formateur engagé, il a lancé en 2022 une formation en portrait afin de transmettre son savoir et renforcer l’employabilité des jeunes.

Styve de la Grange Ongoulobie

Quand vous pensez à votre enfance à Brazzaville, quelle image vous revient instantanément et influence encore votre travail aujourd’hui ?

Styve Stratus : Quand je pense à mon enfance, l’image qui me revient le plus, c’est celle de ma tante. C’est elle qui m’a transmis sa passion pour la photographie. Elle aimait se prendre en photo, et c’est à moi qu’elle confiait la responsabilité de la photographier. Cette confiance et ce plaisir de capturer ces moments ont été les premières pierres de ma passion. Aujourd’hui encore, cette sensibilité influence chaque projet que je mène.

Styve Stratus, Styve de la Grange Ongoulobi : que représentent pour vous ces deux identités ?

Styve Stratus : Elles sont complémentaires. Styve de la Grange, c’est l’homme, la famille, les valeurs. Styve Stratus, c’est l’artiste, le créatif, l’entrepreneur. Ensemble, elles reflètent pleinement qui je suis.

Y a-t-il un souvenir fondateur qui a déclenché votre entrée dans la création visuelle ?

Styve Stratus : Je ne dirais pas que c’est un souvenir précis, mais plutôt une nécessité qui a déclenché mon entrée dans la création visuelle.

À l’époque où je faisais beaucoup de graphisme, il n’existait presque pas de banques d’images accessibles, ni d’illustrations adaptées à intégrer dans les visuels de mes clients. Comme je dessinais déjà depuis longtemps, j’ai commencé à créer moi-même les éléments visuels dont j’avais besoin.

C’est en voulant combler ce manque, en produisant mes propres images, que j’ai finalement plongé dans la création visuelle. Et avec le temps, cette contrainte est devenue une passion, puis un métier.

Comment décririez-vous votre sens du détail ?

Styve stratus : Mon sens du détail est à la fois une discipline et un héritage familial. Mais c’est aussi mon amour pour le beau : chaque image doit raconter une histoire, être équilibrée et élégante. Le détail n’est pas seulement esthétique, il porte le message que je veux transmettre.

Le fil secret qui traverse toutes vos images ?

Styve stratus : Le fil conducteur, c’est le travail d’équipe et la complémentarité. Chaque membre de mon équipe apporte sa sensibilité et sa compétence unique. Cette collaboration donne une profondeur et une cohérence à nos images.

Quelle émotion cherchez-vous toujours à capturer ?

Styve stratus : L’émotion que nous cherchons, c’est l’authenticité. Que ce soit un portrait, un événement ou une séance de mode, je veux que l’image raconte quelque chose de vrai, que le spectateur puisse ressentir ce moment comme s’il y était.

Si votre palette devait raconter votre histoire personnelle, quels seraient ses trois tons majeurs ?

Styve Stratus : Le doré, pour la lumière et l’ambition. Le noir, pour la rigueur, l’élégance et la maîtrise. Le rouge profond, pour la passion et l’énergie qui m’animent dans chaque projet.

Quand avez-vous compris que votre passion devait se transformer en entreprise ?

Styve Stratus : Lorsque les projets ont commencé à dépasser le simple plaisir créatif. Il a fallu structurer, professionnaliser et penser à l’impact économique. C’était un mélange de décision rationnelle et de saut dans le vide, mais indispensable pour concrétiser ma vision.

Quelle est la philosophie de travail qui guide StyveStratus Agency ?

Styve Stratus : Créer avec précision, accompagner avec sérieux et livrer avec excellence. Rien n’est laissé au hasard, chaque projet doit refléter une vision claire et une exigence professionnelle.

Pourquoi créer deux entreprises dans des univers visuels complémentaires ?

Styve Stratus : Parce que la créativité se décline de multiples manières. StyveStratus Agency exprime la narration visuelle, le reportage et la mode. Kimapenzi Univers exprime l’élégance, la célébration et la mise en scène des émotions dans les mariages de luxe.

Les deux se nourrissent mutuellement et permettent de toucher des audiences différentes tout en conservant un standard d’excellence.

Diriger 7 collaborateurs et un réseau d’indépendants : le plus difficile ?

Styve Stratus : L’équilibre entre l’exigence créative et la gestion humaine. Les talents sont différents, les sensibilités variées, mais chacun doit se sentir valorisé tout en reflétant la vision de la structure, cette vision qui est désormais collective.

Quelles erreurs de jeunesse vous ont finalement permis de construire votre professionnalisme actuel ?

Styve stratus : Vouloir tout faire seul et accepter des conditions injustes. Ces expériences m’ont appris à protéger ma valeur, à déléguer et à structurer un véritable processus de travail.

Kimapenzi Univers : ambition initiale ?

Styve Stratus : Mon objectif n’était pas seulement de documenter un mariage, mais de créer une expérience visuelle et émotionnelle, qui élève chaque événement au rang d’œuvre mémorable.

Quel mariage a le plus changé votre regard sur la façon de raconter l’amour ?

Styve Stratus : Un mariage simple mais rempli d’émotions sincères. Il m’a rappelé que le luxe n’est rien sans authenticité et que chaque histoire mérite une approche unique.

Selon vous, qu’est-ce qui distingue un mariage “haut de gamme” d’un mariage simplement “beau” ?

Yves Stratus : Le haut de gamme, c’est la maîtrise, la cohérence et l’attention aux détails invisibles. Le beau frappe l’œil, le haut de gamme touche le cœur et reste dans la mémoire.

Vous êtes une figure incontournable de l’audiovisuel au Congo. Comment vivez-vous cette responsabilité ?

Styve Stratus :Comme une mission plutôt qu’une pression. Je veux montrer que le Congo peut produire des contenus visuels à niveau international et inspirer la nouvelle génération.

Quels changements essentiels observez-vous dans l’industrie créative congolaise ces 10 dernières années ?

Styve Stratus : La digitalisation, la montée des jeunes talents et la reconnaissance que la créativité est un métier à part entière. Le marché est plus compétitif et plus exigeant, ce qui élève le niveau général.

Comment vos projets contribuent-ils à moderniser l’économie créative locale ?

Styve Stratus : En créant des emplois, en formant, en professionnalisant les process et en imposant une culture de qualité. Chaque projet est une petite pierre à l’édifice d’un secteur audiovisuel solide et durable.

L’obstacle majeur qui freine l’essor des talents congolais ?

Styve Stratus :Le manque de formation structurée et l’accès limité au matériel professionnel. Le talent existe, mais il faut des cadres et des ressources pour l’exploiter pleinement.

Formation sur l’art du portrait : la plus belle transformation observée ?

Styve Stratus : Voir un étudiant passer de l’hésitation et du doute à la confiance et la maîtrise de son art, capable de produire un portfolio dont il est fier. C’est ce qui donne du sens à mon engagement.

Que cherchez-vous à transmettre : technique, discipline ou état d’esprit ?

Styve Stratus : Avant tout, un état d’esprit. La technique s’apprend, mais la rigueur, la curiosité et la persévérance construisent une carrière durable.

Si vous pouviez changer une chose dans la formation des jeunes créateurs au Congo ?

Styve Stratus : Introduire plus de pratique professionnelle réelle, en condition réelle de travail. La théorie seule ne suffit pas : l’expérience sur le terrain forme les meilleurs professionnels.

Votre carrière dans 10 ans : plus d’images, plus de projets, ou autre chose ?

Styve Stratus : Plus de projets, plus d’impact et peut-être un nouveau chapitre encore insoupçonné. Je ne m’enferme dans aucune limite.

Projet “secret” ou rêve créatif jamais révélé ?

Styve Stratus : Créer une école, dédiée aux métiers de l’image, avec des programmes pratiques et professionnels.

Quand tout s’arrête (caméra, lumières, pression ) qu’est ce qui reste ?

Styve Stratus : Il reste Styve, le fils, le grand frère, le père de famille.

Propos recueillis par Mildred Moukenga