À seulement 20 ans, Raïssa Bikola incarne la nouvelle génération congolaise qui allie innovation, courage et foi. Marquée par un drame personnel, la jeune étudiante a transformé la douleur en moteur d’action en lançant Bionexa, un projet ambitieux de fabrication de prothèses bioniques locales grâce à l’impression 3D. Portrait d’une visionnaire qui veut rendre au Congo sa place dans la médecine de demain.

En juin 2022, alors qu’elle n’a que 17 ans, Raïssa Bikola est profondément marquée par un drame. Un ami proche de sa famille, âgé de seulement 25 ans, perd une jambe à la suite d’un grave accident de circulation. Sa famille se bat bec et ongle pour lui offrir une prothèse, symbole d’un nouvel espoir. Mais celle-ci, lourde et rigide, s’avère inutilisable. Incapable de retrouver sa mobilité, le jeune homme sombre peu à peu dans une profonde dépression, avant de perdre la vie.
Ce drame bouleverse la jeune Raïssa. Mais au lieu de céder à la tristesse, elle choisit d’agir. Consciente du manque d’innovation et d’équipements adaptés dans le domaine médical en République du Congo, elle décide de créer Bionexa, un projet novateur dédié à la fabrication locale de prothèses modernes et accessibles.
Une innovation née d’un manque
Son idée est simple mais ambitieuse : concevoir des prothèses bioniques grâce à l’impression 3D, plus légères, plus ergonomiques et moins coûteuses. En produisant localement, Bionexa vise à réduire les coûts, garantir l’accessibilité et redonner autonomie, dignité et espoir à des milliers de personnes amputées.
Au-delà de l’aspect technologique, Raïssa veut aussi positionner le Congo comme pionnier en Afrique centrale dans le domaine de l’innovation biomédicale et numérique. Une vision audacieuse, portée par une jeune femme qui sait d’où elle vient.
Les racines d’une force
Raïssa a grandi à Poto-Poto, l’un des quartiers populaires emblématiques de Brazzaville. À 12 ans, sa vie bascule : ses parents se séparent. Aînée d’une fratrie de quatre enfants, elle doit assumer très tôt des responsabilités d’adulte, s’occuper de ses frères et sœurs, gérer la maison et trouver la force d’avancer malgré l’absence maternelle.
Cette expérience forge son caractère. Elle développe un fort sens des responsabilités et une maturité précoce qui influenceront ses choix et son parcours. Pourtant, la route n’a pas été sans embûches : incompréhension des cours, manque de motivation, retards scolaires… Mais jamais elle n’abandonne.
« Pendant mon parcours, j’ai dû affronter de nombreuses épreuves, parfois douloureuses. Certaines venaient même de personnes en position de pouvoir, dont les comportements injustes auraient pu me décourager. Pourtant, j’ai choisi de rester fidèle à mes valeurs et de ne jamais perdre de vue mes objectifs. Ces expériences m’ont forgée : elles ont fait de moi une femme plus forte, plus consciente et plus déterminée à réussir par la voie de l’effort et de la foi », confie-t-elle avec une sérénité désarmante.
Des soutiens providentiels
Après un appui financier constant depuis la maternelle jusqu’à la première année d’université, les parents de Raïssa finissent par s’essouffler. Étudiante à l’Institut International 2i Polytechnique et Commerce, sa détermination impressionne plusieurs enseignants. Touchés par sa volonté et son sérieux, les professeurs Telmine, Patrick Obel Okeli et Luvick Otoka décident alors de financer la suite de ses études.
« Grâce à leur soutien, j’ai travaillé sans relâche jusqu’à obtenir la 3ᵉ place de ma promotion. Leur aide représente pour moi la preuve que Dieu place toujours sur notre route des personnes prêtes à nous tendre la main », raconte-t-elle, émue.
Le premier prototype
C’est durant cette période qu’elle présente pour la première fois son projet de prothèse bionique à Monsieur Gildas, un professionnel convaincu par sa vision. Grâce à son appui, elle réalise un premier prototype en impression 3D, une étape décisive dans le développement de Bionexa.
Mais ce premier pas, bien que prometteur, ne suffit pas. Le projet a besoin de financements conséquents pour se concrétiser : création d’une structure, achat de machines 3D biomédicales et de matériaux spécialisés tels que les plastiques médicaux et capteurs sensoriels. Faute de moyens, Bionexa reste encore à l’état de concept, en attente d’investisseurs.
La quête du financement
Raïssa ne renonce pas. Elle multiplie les démarches pour faire connaître son projet et attirer l’attention des bailleurs. Très active, elle participe à plusieurs programmes d’innovation, dont les Journées de l’Innovation, où elle est sélectionnée pour une levée de fonds à Paris le 21 novembre, ainsi qu’au Programme de Promotion de l’Entrepreneuriat des Jeunes (PPEJ).
Toujours animée par le désir de progresser, elle prépare actuellement la Masterclass “Jeune & Ambitieux”, prévue le 8 novembre 2025 à l’Hôtel Hilton de Brazzaville. Un événement rendu possible grâce à la confiance et au soutien du Directeur Général du Hilton, Monsieur Giuseppe Ressa, qui a accueilli l’initiative avec bienveillance et ouverture.
Une jeunesse inspirante
À travers ces multiples démarches, Raïssa cherche non seulement à lever des fonds pour Bionexa, mais aussi à inspirer d’autres jeunes à croire en leurs rêves. Elle fait partie de cette nouvelle génération congolaise consciente, responsable et engagée, déterminée à transformer les défis de son pays en opportunités d’innovation et de progrès social.
En donnant vie à Bionexa, Raïssa Bikola ne se contente pas de vouloir fabriquer des prothèses. Elle veut redonner aux autres ce qu’on leur a arraché : la mobilité, la dignité et l’espoir.
Mildred Moukenga



