CHRISTINE MAKANY, L’ENTREPRENEURE QUI FAIT RAYONNER LES SAVEURS DU CONGO À L’INTERNATIONAL

Hôtelière de formation, passionnée de gastronomie et visionnaire dans l’âme, Christine Makany a fait des fruits du Congo le cœur battant de son entreprise Glacy. À travers ses glaces artisanales aux saveurs inédites, elle promeut le patrimoine culinaire local sur la scène mondiale, tout en affrontant les défis structurels de l’agroalimentaire congolais. Portrait d’une entrepreneure audacieuse et résiliente.

Christine Makany

Si les saveurs gustatives du Congo ont su séduire au-delà des frontières, c’est en grande partie grâce à l’audace et à l’ingéniosité de Christine Makany, artisane-glacière et fondatrice de l’entreprise Glacy. Pionnière dans la fabrication de glaces et de sorbets aux parfums résolument congolais – du nstui-teké au tondolo, en passant par le malombo ou le minguengué –, elle incarne à la fois la tradition et l’innovation.

Hôtelière de formation, option cuisine, Christine obtient un BTS en Tunisie. En 1989, après une formation en finance et management à Paris, elle crée à Brazzaville la première version de Glacy, un concept novateur qui conquiert rapidement les palais congolais. Malheureusement, l’entreprise doit fermer ses portes en 1997, en raison du conflit armé qui frappe le pays. Qu’à cela ne tienne, Christine poursuit son parcours : elle se reconvertit en pâtissière indépendante, occupe le poste de cheffe de produit chez Brasco, et dispense également des cours en risk management.

C’est en 2017, soit vingt ans plus tard, que Glacy renaît de ses cendres, portée par une vision renouvelée et une stratégie commerciale affinée. Le credo de Christine ? Sublimer les fruits du Congo en explorant leur potentiel sous des formes inédites, et proposer des cocktails glacés d’une grande originalité, le tout dans un espace soigneusement décoré avec, entre autres, des matériaux durables.

Son engagement pour l’excellence et sa passion pour la valorisation des produits locaux n’ont pas tardé à attirer l’attention de la scène internationale. Invitée dans les plus grands salons agricoles à Miami, Paris ou Rome, Christine Makany a su faire rayonner le patrimoine fruitier congolais bien au-delà des frontières. Les sorbets de Glacy ont ainsi charmé les professionnels du secteur, fascinés par l’authenticité et la finesse des goûts proposés.

Mais derrière cette vocation qui suscite l’admiration, se cache une histoire de transmission familiale. Originaire de Mabombé, dans le département du Pool, Christine découvre dès son enfance les richesses fruitières du Congo auprès de sa grand-mère. Très tôt, elle accompagne également sa mère, Julienne, directrice de l’école de formation Saint Jean Bosco à Brazzaville et diététicienne de formation, qui dispense des cours de puériculture et de pâtisserie auprès des femmes chrétiennes.

« J’étais toujours très proche de ma mère, je la voyais faire et j’apprenais. Je me souviens qu’à 9 ans déjà, je pouvais donner des cours à sa place lorsqu’elle était absente », confie Christine, le sourire aux lèvres.

Très jeune, Christine savait déjà préparer quelques grands classiques de la pâtisserie, comme la génoise ou encore la crème pâtissière, sous le regard bienveillant de son père, Lévy Makany, professeur de botanique à l’université de Brazzaville. Troisième d’une fratrie de huit enfants, Christine évolue dans un environnement familial où chacun est encouragé à poursuivre ses rêves. Son frère, le Professeur Roger Armand Makany, promoteur de l’école ESGAE, ou encore sa sœur, le Dr Esther Locko Makany, gynécologue de renom, en sont des exemples éloquents.

« Nos parents ont toujours cru en nos projets. Je me souviens encore de la machine à fabriquer des bonbons qu’ils m’avaient offerte », nous raconte Christine.

Malgré une trajectoire impressionnante, Christine Makany se heurte à des obstacles structurels qui freinent le développement de son entreprise. Elle déplore notamment l’absence de données physico-chimiques sur les fruits locaux, un prérequis indispensable à leur exportation. « Imaginez que certains de nos fruits recèlent des vertus nutritionnelles uniques… L’impact sur le marché international serait immense ! », précise la promotrice de Glacy.

Autres freins : le manque d’équipements adaptés à la transformation, l’insuffisance des emballages, et l’instabilité de l’approvisionnement en électricité, qui perturbe fortement la production.

Dans un pays qui regorge de plus de 40 espèces fruitières souvent méconnues, la question de la recherche scientifique appliquée aux produits locaux devient cruciale. Christine, pour sa part, continue d’innover. Lors du salon Family Food Brokers à Miami, son cocktail alliant fruit de la passion et litchi a fait sensation. « Voir flotter le drapeau de mon pays au World Trade Center de Miami, grâce à mon travail, fut l’un des moments les plus émouvants de ma carrière », confie- t – elle.

Chaleureuse et généreuse, elle accueille toujours avec bienveillance celles et ceux qui franchissent les portes de Glacy. Également décorée chevalière dans l’ordre du Mérite congolais, Christine plaide pour une réforme des systèmes de formation. Selon elle, l’enseignement technique doit être repensé pour intégrer l’étude approfondie des produits locaux, en lien direct avec les besoins du marché. 

« Le safou, par exemple, est aujourd’hui très bien valorisé en Côte d’Ivoire… alors qu’ils l’ont découvert chez nous ! Pour être compétitifs, adaptons nos formations à nos besoins. »

Mère d’un fils unique, à qui elle a déjà transmis le goût d’entreprendre, Christine encourage les jeunes à croire en la richesse de leur terroir et à en devenir les ambassadeurs. Elle incarne la résilience, la vision et la persévérance. Par son travail, la coach en Risk Management démontre que l’avenir du Congo se joue aussi dans ses saveurs.

Mildred Moukenga, La Vitrine